Casus belli ?

Quelque soit sa façon de voir ou de percevoir les images – et plus particulièrement les photographies – je me suis interrogé suite à la lecture d’un article d’ Élisa MIGNOT « Touche pas à ma photo », paru dans le dernier numéro de POLKA magazine.

Cet article, revenant sur plusieurs photos de reportages qui enveniment, encore pour certaines, les discussions autours des longues tablées hivernales ou des petits  photoclubs, voire des plus éminentes rédactions (Grand Prix Paris-Match étudiant 2009, l’éternel photo du républicain espagnol de Robert Capa, la photo retouchée par et de Adnan Hajj pour l’agence REUTERS, etc…) concluait sur le fait qu’il fallait peut-être « tout simplement » (ré)inventer les standards.

Cependant, comme autre exemple de l’article, celui du cas de Klavs Bo CHRISTENSEN, disqualifié du concours de la photo de l’année au Danemark pour avoir (trop) réhaussé les couleurs de son reportage !! Je vous laisse juge :

© Klavs Bo CHRISTENSEN

Sur une toute autre photo, dans la même période (c’est à dire au cours du mois de décembre…oui, je sais, toujours un peu en retard), lors de réunion dans mon cher photoclub, deux réactions lors d’une séance de critiques -toujours constructives – me (re)plongent dans LA question :

Elle :

- Oui, mais c’est plus de la photo…

Lui :

- Aaaah, mais qu’est-ce que la photo ?…

Moi :

- ???

Et voilà, le truc de fin de repas qui flingue l’ambiance!

Ce n’est pas que le débat (sans fin ?) me rebute, loin de là, mais les outils d’aujourd’hui et leur extraordinaire puissance de créativité, de surcroit proposés et accessibles au plus grand nombre, vont-ils faire naitre de nouvelles catégories dans les concours (1) ? J’imagine :

  • Dans la catégorie JPEG sorti du boitier mais de la même marque, même modèle sinon c’est pas d’jeu, le gagnant est…
  • Dans la catégorie RAW développé seulement et pas plus sinon on lynche, le gagnant est…
  • Dans la catégorie RAW développé et post-traité à donf plus du HDR passqu’ y avait trop de contraste ce jour là et que je pouvais pas revenir passque le mardi j’ai piscine et sans accentuation, le gagnant est…

Avouez que les petits-fours du buffet de cloture de cérémonie auraient le temps de refroidir, non ?

Pour redevenir un tantinet sérieux, et revenir sur le dernier POLKA magazine sus-cité, j’ai été frappé (toute proportion gardée, j’ai horreur de la violence) par le « contraste » du rendu visuel entre les travaux de Françoise HUGUIER et de Julio BITTENCOURT par exemple…je vous laisse juge une fois de plus sur deux exemples respectifs qui me paraissent représentatifs :

Francoise Huguier

© Francoise HUGUIER

Julio Bittencourt

© Julio BITTENCOURT

Personnellement, je ne m’éloigne pas trop de ce que l’on pouvait faire « avant », dans le labo tout sombre qui sent la chimie, alors que j’ai, sans aucun regret, plongé dans l’ère numérique. Je ne suis pas fan du HDR, ni des montages et post-traitements poussés… Et alors, ça ne m’empêche pas d’apprécier les travaux d’un Erik JOHANSSON ou consorts…tout comme le ridicule, le paradoxe ne tue pas, non ?

Erik Johansson

© Erik JOHANSSON

(1) : Voire des propositions de loi ?…

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2 commentaires sur “Casus belli ?”

  1. Philippe dit :

    Ce qui est à craindre dans l’avenir c’est qu’il n’y ait plus aucune référence pour juger d’une image convenablement. Il suffit de voir le nombre de gens qui se déclarent photographe pro sans aucune base sérieuse d’apprentissage du métier. Même la plus horrible des images pourra être déclarée « image d’Art ». Du temps de l’argentique, les « grands » photographes étaient des références (encore maintenant). Avec les possibilités infinies du numérique, j’ai peur d’une joyeuse cacophonie … La médiocrité risque d’avoir de l’avenir si nous n’y prenons garde. Amateur ou pro.

  2. Joel dit :

    Le « développement » du fichier RAW de K.B. Kristensen me semble des plus corrects. On peut aimer ou non le « tirage final », là est une autre histoire, très subjective.
    « si votre image répond à un propos, à une intention, et si vous avez su maîtriser suffisamment la technique pour la mettre au service de cette intention, votre photographie est “réussie” » écrit Thierry Déhesdin dans un article sur Photographie.com. C’est, pour moi, une réponse assez judicieuse.
    Cependant, certains rayeront même le « maîtriser suffisamment la technique », d’autres discuterons autour du « suffisamment »…

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